LES KHARADS

Qu’est-ce qu’un kharad?

Le tissage kharad est une technique unique pratiquée par certaines communautés nomades du désert en Inde. Si la technique existe depuis plusieurs centaines d’années, elle est aujourd’hui menacée. Sur la dizaine de familles qui pratiquaient encore le métier dans les années 90, elles ne sont maintenant plus que deux à garder cet héritage vivant. Inutile de dire que leurs tapis sont des pièces uniques et hautement exclusives!

Traditionnellement, les artisans tissaient uniquement la laine de chameau, de mouton et de chèvre. Aujourd’hui, ils ajoutent parfois du coton. Les fibres sont laissées brutes ou teintes au moyen de teintures naturelles, qui proviennent de plantes, d’insectes, de fleurs, de fruits et de minerais. On peut penser aux pétales de roses, à la pomme grenade, à l’indigo ou à la poudre de fer.

Le kharad est tissé à plat, sur un métier à tisser démontable, conçu pour la vie de nomade. Puisque les communautés se déplaçaient au fil des saisons, leurs métiers devaient être légers, facilement transportables et simples à monter. Bien qu’elles soient aujourd’hui sédentaires, les deux familles utilisent encore les métiers traditionnels. Les motifs géométriques qu’elles y créent sont inspirés du désert qui les entoure, mais aussi de l’histoire de leur famille, des moments heureux et malheureux qu’ils ont vécus.

Des tapis qu’on s’arrachait

Avant la partition des Indes en 1947 (c’est-à-dire avant que le territoire soit séparé entre Inde et Pakistan), le marché du kharad était prospère. Les communautés pastorales nomades comme les Maldharis et les Rabaris coupaient le poil de leurs animaux et le filaient pour en faire de la laine. Celle-ci passait ensuite entre les mains des teinturiers et arrivait jusqu’aux tisserands.

L’utilisation de matériaux de qualité et la réputation des tisserands ont permis au kharad d’avoir un succès phénoménal. Les rois et les ministres des royaumes du Gujarat en Inde et du Sindh au Pakistan les adoraient. Ils aimaient leur beauté, leur solidité et leur longévité. En effet, un kharad peut facilement durer plus de 100 ans!

Imaginez la fierté de ces tisserands de voir leur artisanat dans les plus beaux palais et les plus riches royaumes de la région! Alors qu’il était utilisé comme objet fonctionnel par les communautés nomades (pour s’asseoir ou emballer leurs biens), le kharad est devenu un objet convoité et prisé par la haute société. On dit du kharad qu’il est passé du dos des chameaux à la cour des grands palais.

Le déclin du kharad

À la dissolution du Raj britannique en 1947, le rapport entre l’Inde et le Pakistan est devenu tendu. Même aujourd’hui, le passage à la frontière terrestre reste très limité. Il n’existe qu’un unique poste-frontière terrestre entre les deux pays, dans la province du Pendjab.

La partition des Indes a rompu les liens d’une chaîne qui fonctionnait bien. Les tisserands du Gujurat ont perdu, du jour au lendemain, l’accès au Sindh Market, un marché très lucratif qui leur permettait de vendre leur kharad.

La chaîne s’est affaiblie, la demande pour la confection de kharad a diminué. Les communautés pastorales ont vu le marché de la laine s’effondrer. Cet impact a aussi brisé le lien avec les fileurs de laine et les teinturiers. Avec le temps, le filage de laine s’est complètement éteint dans la région du Kachchh, au Gujarat, en Inde.

Les tisserands de kharad ont eu de la difficulté à s’approvisionner en matières premières de bonne qualité et locale. Ils devenaient dépendants des marchés extérieurs, qui parfois offraient des ressources de moindre qualité et plus dispendieuses.

Tranquillement, les tisserands ont abandonné le métier. Dans les années 90, il n’y avait plus que dix familles. Maintenant, il n’en reste que deux. La relève étant peu au rendez-vous, nous assistons peut-être à la fin d’un art.

Une ONG à la rescousse

Heureusement, une ONG travaille avec la communauté pour trouver des solutions concrètes. Fondée en 2001, elle a comme mission de dynamiser et de promouvoir l’artisanat de la région du Kachchh. Elle s’affaire aussi à recréer l’écosystème de la chaîne d’approvisionnement locale (de la collecte des poils des animaux, au filage de la laine, à la teinture et au tissage) et met de l’avant le côté éthique et équitable de la confection des tapis tissés à la main.

L’avenir du kharad

Le plus grand obstacle des tisserands est de trouver les consommateurs qui comprennent leur travail, qui recherchent la qualité et qui sont prêts à mettre le prix. Selon la taille des tapis, ils arrivent à tisser de 3 à 5 pièces par mois. Ils utilisent des matériaux de grande qualité qui font qu’un kharad peut durer jusqu’à 100 ans!

Rectangle travaille donc avec l’ONG et les tisserands pour ouvrir un nouveau marché qui les aidera à continuer à faire vivre leur art et à faire évoluer leur chaîne d’approvisionnement. Des artisans qui avaient quitté le métier pourraient même pouvoir y revenir. Nous croyons fermement que le marché québécois peut contribuer à cette renaissance.

Le mot de la fin

La philosophie derrière le kharad est durable et responsable. Elle se veut une réflexion sur l’union de l’homme et de la nature. Tejsi Marwada, un des artisans avec qui nous travaillons, exprime bien son idée : « Quand nous prenons soin de la nature, la nature prend soin de nous. »

Tejsi croit que si les hommes ne respectent pas l’environnement dans lequel ils évoluent, leur avenir ne sera pas radieux. Le kharad est inscrit dans son territoire et imprégné d’une responsabilité sociale à tous les niveaux, de l’animal jusqu’au tisserand!

On tisse des liens?

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